Autoportrait

 Auto-Portrait - 2000 - Assemblage Miroir, plâtre, tissu, sommier, planche de bois, terre glaise, 185 x 200 cm, voir prix avec l'artiste.
Autoportrait - 2000 - Assemblage Miroir, plâtre, tissu, sommier, planche de bois, terre glaise, 185 x 200 cm.

"Une nuit, j’ai rêvé que je rêvais en train de rêver"
Calderon de la Barca

L’autoportrait que je propose n’est pas figuratif ; il ne s’attache pas à représenter mon visage ou mon corps ou mon inscription dans le monde des choses, ni ne vise une ressemblance trait à trait. Je n’existe ainsi qu’en fonction de la perception de moi-même.Mon travail prend son origine dans un rêve, né de mes préoccupations sur ce thème, dont j’ai tenté de retranscrire le climat. Il est composé comme un triptyque non pas de toiles, mais d’objets réels : au centre, il y a un sommier de fer, posé à la verticale ;
des crochets attachés au montant (bord obligé) fixent les extrémités du maillage ; au milieu du maillage est accroché un drapé blanc. Le panneau gauche est constitué d’un miroir où est posé un drapé en plâtre gris ; à droite, il y a la planche, sur laquelle j’ai empreint de plâtre mon drap dont il reste ainsi l’empreinte.
J’interprète mon rêve en faisant le lien entre trois mots clefs, sommeil, sommier et somatisation. Le sommier en fer devient enfer, et l’action de mon autoportrait se situe donc en enfer. Sur le grillage, des traces d’étrons donnent une sensation d’évacuation, c’est-à-dire pour reprendre l’expression de Quevedo, todo es lagrimas y caca (tout est larmes et caca) ou, selon Calderòn, una noche soñe que estaba soñando que soñaba (une nuit, j’ai rêvé que je rêvais que j’étais en train de rêver). Je voudrais faire un parallèle avec des triptyques de peintres comme Millares et Saura, ainsi que les sommiers de Tapiès. Pour ce qui est du drapé central, sa couleur blanc crémeux me fait penser directement à l’étoffe des robes des moines de Zurbarán.
Enfin, l’autoportrait de gauche, en plâtre, évoque pour moi la Häutung (la Peau) de Beuys; le gris du plâtre est un gris sale, un gris très triste, un gris de décor de En attendant Godot de Beckett : c’est mon imperméable de jour de pluie, quand je rentre trempé et que je l’accroche au portemanteau, dépité. Il contribue ainsi au climat de dépression, de tristesse où je me suis vu à cet instant. Au centre du plâtre, une trace noire en forme de fente redéfinit l’architecture essentielle de la figure, sa colonne vertébrale, sa structure interne profonde, son inconscient.

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